BIO

English below

Branko Galoić sourit quand on lui dit que les fanfares balkaniques, on en a ras la casquette. « Et guitare-basse-batterie, ça ne vous lasse pas? Je suis né en Yougoslavie, c’est une musique qui m’est proche, comme beaucoup d’autres… »

Soyons justes: Branko Galoić n’est pas une fanfare. C’est un auteur-compositeur croate dont les chansons se teintent de cuivres, d’échos dylaniens, et d’un nuage de jazz manouche. Soyons encore plus justes: influences balkaniques ou pas, la musique qu’il propose n’a rien à voir avec une imitation de Fanfare Ciocarlia ou du Taraf de Haidouks.

Né à Zagreb, adopté par Amsterdam, accueilli à Berlin et enfin installé à Paris depuis quelques mois: tel est l’itinéraire de cet homme libre.

Branko Galoić a passé la moitié de sa vie dans un pays qui n’existe plus,  « J’ai grandi à Ivanic Grad, à une trentaine de kilomètres de Zagreb. A l’époque ont lisait les écrivains serbes, on voyait des films de Bosnie, on écoutait des groupes new wave macédoniens, et ça ne posait aucun problème. Nous avions une langue commune, le serbo-croate. Aujourd’hui on parle le croate, le serbe ou le bosniaque, mais c’est toujours la même langue. J’ai vécu les années 80 avec leur bouillonnement culturel intense, il n’y avait pas de censure, les artistes pouvaient presque tout dire…»

Deux événements vont marquer le destin du jeune Branko: « A 17 ans, j’ai découvert la guitare, et c’est devenu une passion, pire que ça, une obsession. Et quand j’avais 18 ans, la guerre a éclaté. »

La Croatie proclame son indépendance en 1991, mais les combats contre le pouvoir de Belgrade vont se prolonger plusieurs années. Le pays s’appauvrit, l’avenir est un concept flou. « A Ivanic Grad, après le lycée, on ne pouvait étudier que les maths, l’économie ou la chimie, et aucune de ces voies ne me tentait» poursuit Branko. Dans sa ville, où l’on ne compte qu’un cinéma et quelques cafés, les opportunités de jouer sont rares. « Il y avait bien les mariages, où on demandait aux musiciens des airs traditionnels, un peu de répertoire tsigane, mais surtout les tubes du moment, la musique pop la plus stupide qui soit. Je ne voulais pas en passer par là. »

Faute de perspectives, Branko décide, à 26 ans, de s’expatrier. «J’ai vendu mon ampli, j’ai acheté un billet de train aller et j’ai débarqué à Amsterdam avec ma guitare et 50 Deutsche Marks dans la poche. »  Il commence à jouer dans la rue et gagne de quoi survivre. «C’est une bonne école mais je ne l’ai pas fait très longtemps. J’ai multiplié les petits boulots. Surtout, je me suis plongé dans le milieu musical de la ville, très varié, avec des gens de toute l’Europe, des latinos… »

Entretemps, Branko s’est mis à écrire, en croate et en anglais. Ses compositions retiennent l’attention du producteur bosniaque Dragi Sestic, qui a enregistré sur son label Snail Records quelques légendes de l’ex-Yougoslavie: Saban Bajramovic, Liliana Buttler, Mostar Sevdah Reunion… « Je pensais proposer mes chansons à des interprètes mais, à ma grande surprise, Dragi m’a dit: « Tu devrais les enregistrer toi même. »

Son premier CD, Above the Roofs, paraît en 2005. Un recueil de chansons acoustiques souvent poignantes, inspirées par la sevdah, le blues de Bosnie, région d’origine de sa mère. Très bien accueilli aux Pays-Bas, il ne rencontre pas grand écho au delà des frontières du royaume. En 2010, il publie Skakavac (Sauterelles), un disque où il introduit les sonorités des cuivres des Balkans. De retour aux Pays Bas, il forme le Skakavac Orkestar (tuba, trompette, trombone, batterie) et tourne dans les festivals. Où il reprend Jacques Brel (Vesoul) et Johnny Stulic, père fondateur du rock croate avec le groupe Azra, dans les années 70.

Son troisième album promet encore des cuivres en fusion, de furieux solos de guitare, de la dérision et de grands sentiments. On y trouvera les quatre titres qui forment la matière de cet ‘EP’ – une course-poursuite instrumentale à travers les Balkans (‘Devil’s dance’), une ballade à briser le coeur (‘Angel Song’), un ska réjouissant à la sauce disco (‘Till I’m 82’) , une complainte dans le style sevdah rhabillée d’habits funky (‘Aman Aman Taman Taman’) – et d’autres, dans la même veine…

C’est au tour de la France de découvrir et, espérons le, fêter Branko Galoić, son univers inspiré par l’errance, son groupe qui, plus qu’une fanfare, est un petit cabaret ambulant. Et sa façon de marier l’ironie et la mélancolie qui font de lui un cousin de l’Argentin Melingo ou de l’Italien Vinicio Capossella.

Branko_Galoic_concert_NB3

Branko Galoić smiles when you tell him people are sick and tired of Balkan brass bands. “What about guitar-bass-drum trios, aren’t you sick of them too? I was born in Yugoslavia. That style’s a part of me – like a lot of other styles, really.”

Let’s be clear: Branko Galoić is not a brass band. He’s a Croatian singer-songwriter who combines brass sounds with a voice reminiscent of Dylan’s and a fondness for gypsy jazz. Now let’s be even more clear: with or without his Balkan influences, his music marks a departure from Fanfare Ciocarlia and Taraf de Haidouks.

Galoić’s journey reflects his free spirit: he was born in Zagreb, adopted by Amsterdam, applauded in Berlin, and welcomed in Paris, which became his home just a few months ago.

Branko Galoić lived half his life in a country which no longer exists Yugoslavia, « I grew up in Ivanic Grad, about thirty kilometers from Zagreb. We used to read Serbian authors, watch Bosnian movies, and listen to Macedonian new wave groups, and there was never a problem. We had a common language, Serbo-Croatian. Now we speak Croatian, Serbian or Bosnian, but it’s basically the same language. I was there during the intense cultural movement of the ‘80’s. There was no censorship, so artists could pretty much say whatever they wanted. »

Two events changed young Branko’s life forever: « When I was 17, I discovered the guitar, and it became a major passion – or worse, an obsession. And when I was 18, the war broke out. »

Croatia declared its independence in 1991, but the struggle against the governing forces in Belgrade dragged on for several years. The country was drained of its resources, and the future became a vague prospect at best. « In Ivanic Grad, after high school, you could only study math, economy or chemistry, and I wasn’t interested in any of those paths, » Branko continues. There was only one movie theater and a few cafés in his hometown, so performance opportunities were rare. « There were weddings where they asked the musicians to play traditional music, some gypsy stuff, and top ten hits – that is, the stupidest pop music you can imagine. I didn’t want to go that way. »

Faced with such limited perspectives, Branko decided to leave his country at age 26. « I sold my amp, bought a one-way ticket and showed up in Amsterdam with my guitar, and 50 German marks in my pocket. » He started busking to make enough money to get by. « It’s great practice, but I didn’t do it very long. I did a lot of odd jobs. And I really got into the music scene there. It’s very diverse, with people from all over Europe, and Latinos… »

In the meantime, Branko started writing, in both Croatian and English. His compositions caught the eye of Bosnian producer Dragi Sestic, whose label, Snail Records, has recorded such legendary musicians from the former Yugoslavia as Saban Bajramovic, Liliana Buttler and Mostar Sevdah Reunion. « I was planning to write songs for various performers, but to my astonishment Dragi said to me: ‘You should record them yourself.’ »

His first CD, Above the Roofs, was released in 2005. It’s a collection of acoustic tunes that are often poignant, inspired by the Bosnian blue, or « sevdah » from his mother’s native region. It was very well-received in the Netherlands but got little attention beyond its borders. In 2010, he released Skakavac (Grasshoppers), using the Balkan brass band sound for the first time. Back in Holland, he formed the Skakavac Orkestar (tuba, trumpet, trombone and drums) and toured the festival circuit. He included songs by Jacques Brel (Vesoul) and Johnny Stulic, the godfather of Croatian rock and founder of the group Azra in the ‘70’s.

His third album will blend the brass sound with wild guitar solos and irony, as well as deep emotion. It will include the four tracks on this EP: an instrumental car chase through the Balkans (« Devil’s Dance »), a heartrending ballad (« Angel Song »), a playful ska with a disco feel (« ‘Till I’m 82 »), a sevdah-style lament in funky clothing (« Aman Aman Taman Taman »), and more in the same vein.

Now it’s France’s turn to discover Branko Galoić. With a little luck, the relationship will be successful and long-lasting. This unique Croatian artist’s style was shaped by his journey and his creative colleagues; the resulting group is more of a traveling cabaret than a brass band. His clever blend of irony and melancholy bring to mind the Argentine musician Daniel Melingo and Italian singer-songwriter Vinicio Capossella.